Déclaration de Caracas

« Dans le cadre du Bicentenaire de la Lutte pour l’Indépendance Vers le Chemin de nos Libérateurs »
vendredi 16 décembre 2011
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A notre connaissance, Rouge midi qui avait été l’un des rares et l’un des premiers médias à parler de la création de la CELAC (voir article précédent), que les américains appellent création d’un nouveau monde, est aujourd’hui encore l’un des rares (le seul pour l’instant à nôtre connaissance) à publier cette déclaration historique intégrale en français...

1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement (hommes et femmes) des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, réunis à Caracas, République Bolivarienne du Venezuela, les 2 et 3 décembre 2011, dans le cadre du IIIe Sommet d’Amérique latine et des Caraïbes sur l’Intégration et le Développement (CALC) et le XXIIe Sommet du Groupe de Rio, et dans l’année de la commémoration du Bicentenaire de l’Indépendance du Venezuela, et en mémoire et hommage à la transcendantale oeuvre historique du Libertador Simon Bolivar, conviennent de :

2. Reconnaître la précieuse contribution du Mécanisme Permanent de Consultation et de Concertation Politique-Groupe de Rio-créé en décembre 1986 à Rio de Janeiro sur les sujets centraux de l’agenda régional et global et en faveur des plus hautes aspirations de nos pays, ainsi que l’impulsion qu’a conféré à la coopération comme à l’intégration et au développement de la région, la CALC, créée en décembre 2008, à Salvador de Bahia, Brésil.

3. Réaffirmer la déclaration du Sommet de l’Unité de l’Amérique latine et des Caraïbes (Riviera Maya, Mexique, 23 février 2010) et, en particulier, la décision de constituer la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui comprend les 33 Etats souverains de notre région.

4. Saluer la création du Forum Unifié CALC et Groupe de Rio de composition ouverte, co-présidée par le Chili et le Venezuela qui impulsa l’excellente tâche de rédiger le document de procédures de la CELAC, donnant exécution effective à la Déclaration Ministérielle de Caracas du 3 juillet 2010.

5. Reconnaître les importantes réussites et consensus atteints dans les réunions des Ministres des Relations Extérieures réalisées à Caracas, durant juillet 2010 et avril 2011, ainsi que les réunions ministérielles spécialisées dans le social, l’environnement, l’énergie, le financier et commercial, dans le cadre de la Présidence vénézuélienne de la CALC.

6. Conscients des défis que la crise économique et financière internationale présentent au futur de notre région et à nos légitimes aspirations d’inclusion sociale, croissance avec équité, avec développement soutenable et intégration.

7. Convaincus que l’unité et l’intégration politique, économique, sociale et culturelle de l’Amérique latine et des Caraïbes constitue, outre une aspiration fondamentale des peuples ici représentés, une nécessité pour affronter avec succès les défis qui se présentent à nous comme région.

8. Conscients que la commémoration du Bicentenaire des processus d’Indépendance en Amérique latine et aux Caraïbes, offre le cadre propice pour la consolidation et la mise en marche de notre Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC).

9. Décidés à promouvoir et projeter une voix concertée de l’Amérique latine et des Caraïbes dans la discussion des grands sujets et dans le positionnement de la région devant les événements importants dans les réunions et conférences internationales de portée globale, ainsi que dans le dialogue avec d’autres régions et pays.

10. Reconnaître que nos pays ont avancé dans les processus d’intégration régionale et subrégionale et dans la constitution de divers mécanismes tout au long des ultimes décennies, reflet de sa vocation d’unité et sa nature diverse et plurielle, qui constituent un solide ciment à partir duquel nous édifions la Communauté qui regroupe tous les Etats latino-américains et caribéens.

11. Conscients de l’aspiration commune de construire des sociétés justes, démocratiques et libres et, convaincus que chacun de nos peuples choisira les voies et moyens qui, basés sur le plein respect des valeurs démocratiques de la région, de l’Etat de droit, ses institutions et procédures et les droits humains, leur permet de poursuivre ces idéaux.

12. Ratifier notre attachement aux Intentions et Principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, et le respect du Droit International.

13. Soulignant le chemin tracé par les Libérateurs de l’Amérique latine et des Caraïbes il y a plus de deux cents ans, un chemin initié de manière effective avec l’indépendance de Haïti en 1804, dirigée par Toussaint Louverture, se constituant ainsi comme la première République indépendante de la région. De la même manière nous rappelons que la République d’Haïti dirigée par son Président Alexandre Pétion, avec l’aide prêtée à Simon Bolivar pour l’indépendance des territoires que dans le présent nous connaissons comme l’Amérique latine et les Caraïbes, initia les bases pour la solidarité et l’intégration entre les peuples de la région.

14. Inspirés par l’oeuvre des Libérateurs, et assumant pleinement leur héritage comme patrimoine fondateur de notre Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens.

15. Conscients qu’ont passé 185 ans depuis que fut tenté le grand projet des libérateurs, pour que la région se trouve aujourd’hui en conditions d’aborder, par l’expérience et la maturité acquise, le défi de l’unité et de l’intégration de l’Amérique latine et des Caraïbes.

16. Inspirés par le Congrès Antifictionique de Panama de 1826, acte fondamental de la doctrine de l’unité latino-américaine et caribénne, dans lequel nos jeunes nations souveraines posèrent la discussion des destinés de la paix, du développement et de la transformation sociale du continent.

17. Soulignant la participation des peuples indigènes et afro-descendants dans les luttes indépendantistes et reconnaissant leurs apports moraux, politiques, économiques et culturels dans la constitution de nos identités et dans la construction de nos nations et processus démocratiques.

18. Reconnaissant le rôle historique des pays de la Communauté Caribénne (CARICOM) dans le processus de libération, développement et intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes, et mettant l’accent sur l’engagement permanent de CARICOM et les peuples caribéens pour contribuer au développement intégral et soutenable de la région.

19. Exaltant la commémoration du Bicentenaire de l’indépendance, nous les pays latino-américains et caribéens honorons la mémoire de nos luttes indépendantistes et réaffirmons la pensée intégrationniste qu’arborèrent nos héros et héroïnes.

Nous déclarons :

20. Dans le cadre du Bicentenaire de l’indépendance, nous nous sommes réunis les 33 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, à la suite des efforts conclus au Sommet d’Amérique latine et des Caraïbes (CALC) réalisé le 17 décembre 2008 à Salvador de Bahia et le Sommet de l’Unité réalisé à Cancun le 23 février 2010, pour mettre en marche la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC).

21. Que conformément au mandat originaire de nos libérateurs, la CELAC avance dans le processus d’intégration politique, économique, social et culturel faisant un savant équilibre entre l’unité et la diversité de nos peuples, pour que le mécanisme régional d’intégration soit l’espace adéquat pour l’expression de notre riche diversité culturelle et soit en même temps l’espace adapté pour réaffirmer l’identité de l’Amérique latine et des Caraïbes, son histoire commune et ses luttes continuelles pour la justice et la liberté.

22. Que tenant en compte la diversité dans les processus de formation de l’identité latino-américaine et caribéenne, la CELAC se transforme en un espace qui revendique le droit à l’existence, la préservation et la vie en commun de toutes les cultures, races et ethnies qui habitent dans les pays de la région, ainsi que le caractère multiculturel de nos peuples, et plurinational de certains de nos pays, avec spécialement les communautés originaires qui promeuvent et recréent la mémoire historique, les savoirs et les connaissances ancestrales.

23. Que reconnaissant le droit qu’a chaque nation de construire en paix et librement son propre système politique et économique, ainsi que dans le cadre des institutions correspondantes d’accord avec le mandat souverain de son peuple, les processus de dialogue, échange et négociation politique qui s’activent depuis la CELAC doivent se réaliser en prenant en compte les valeurs suivantes et principes communs : le respect du Droit International, la solution pacifique des controverses, la prohibition de l’usage et de la menace d’usage de la force, le respect de l’autodétermination, le respect de la souveraineté, le respect de l’intégrité territoriale, la non-ingérence dans les affaires internes de chaque pays, la protection et la promotion de tous les droits humains et de la démocratie.

24. Avec pour fondement les valeurs et principes du paragraphe antérieur et recueillant la pratique du Groupe de Rio, la CELAC promouvra le développement d’instruments pour garantir l’accomplissement de ceux-ci.

25. Qu’il est nécessaire de continuer à unifier nos efforts et capacités pour impulser le développement soutenable de la région, concentrant les efforts dans le croissant processus de coopération et intégration politique, économique, social et culturel pour ainsi contribuer à la consolidation d’un monde pluri-polaire et démocratique, juste et équilibré, et en paix, débarrassé du fouet du colonialisme et de l’occupation militaire.

26. Qu’il est nécessaire d’approfondir la coopération et la mise en oeuvre de politiques sociales pour la réduction des inégalités sociales internes afin de consolider des nations capables d’accomplir et de dépasser les Objectifs de Développement du Millénaire.

27. La nécessité d’avancer sur la base de nos principes dans le renforcement et la consolidation de la coopération latino-américaine et caribéenne, dans le développement de nos complémentarités économiques et la coopération Sud-Sud, comme axe intégrateur de notre espace commun et comme instrument de réduction de nos asymétries.

28. Que la CELAC, unique mécanisme de dialogue et de concertation qui regroupe les 33 pays de l’Amérique latine et des Caraïbes, est la plus haute expression de notre volonté d’unité dans la diversité, où à l’avenir se renforceront nos liens politiques, économiques, sociaux et culturels sur la base d’un agenda commun de bien-être, de paix et de sécurité pour nos peuples, avec pour objet de nous consolider comme une communauté régionale.

29. Que la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC), tenant présent le patrimoine historique du Groupe de Rio et de la CALC, impulsera des plans d’action pour la mise en oeuvre et le respect des engagements exprimés dans les Déclarations de Salvador de Bahia et de Cancun, dans le Plan d’Action de Montego Bay et dans le Programme de Travail de Caracas.

Louant le processus historique vécu, les Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays d’Amérique latine et des Caraïbes décident :

30. Adopter, avec pour base les principes de flexibilité et de participation volontaire dans les initiatives, les déclarations et documents adoptés dans les réunions ministérielles spécialisées sur Développement Social et Eradication de la Faim et de la Pauvreté, célébrée à Caracas les 24 et 25 mars 2011 ;
- réunion de suivi et évaluation des progrès du Forum des Ministres de l’Environnement à Caracas les 28 et 29 avril 2011 ;
- réunion ministérielle sur l’Energie, à Caracas, les 12 et 13 mai 2011 ; réunion ministérielle sur la crise financière internationale et le Commerce Extérieur, à Caracas, les 18 et 19 mai 2011 ;
- réunion entre Mécanismes régionaux et subrégionaux d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes dans le cadre de la CALC, à Caracas les 25 et 26 octobre 2010 ;
- réunion entre mécanismes régionaux et subrégionaux d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes dans les domaines économiques et commerciaux, Montevideo, 6 et 7 avril 2010 ;
- réunion entre mécanismes régionaux et subrégionaux d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes, dans le domaine productif, Caracas, 5 et 6 mai 2011 ;
- réunion entre mécanismes régionaux et subrégionaux d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes dans les domaines social et institutionnel, à Caracas, les 10 et 11 juin 2011 ;
- réunion de conclusions entre mécanismes régionaux et subrégionaux d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes, Caracas, le 11 juin 2011 ;
- réunion de coordination des initiatives régionales dans les domaines de l’infrastructure pour l’intégration physique de transport et de télécommunications et d’intégration frontérisée, réalisée les 24 et 25 mars 2011 à Mexico ; réunion régionale des Mécanismes Latino-américains et Caribéens sur l’Assistance Humanitaire, réalisée les 30 et 31 mai 2011 à Panama ;
- réunion régionale sur la protection des migrants, Pérou, 26 et 27 juin 2011. Complimentant pour le Programme de Travail de Caracas de mise en oeuvre des mandats de la CALC exprimés dans les Déclarations de Salvador de Bahia et de Cancun, ainsi que pour le Plan d’Action de Montego Bay, dans la période 2010-2011 décidé par les chanceliers le 3 juillet 2010.

31. Mettre en marche la CELAC, comme mécanisme représentatif de concertation politique, coopération et intégration des Etats latino-américains et caribéens et comme un espace commun qui garantit l’unité et l’intégration de notre région.

32. Réaffirmer que la proposition commune d’intégration, unité et coopération au sein de la CELAC se nourrit dans les patrimoines hérités par les principes partagés et les consensus adoptés au Sommet d’Amérique latine et des Caraïbes sur l’Intégration et le Développement (CALC) et le Mécanisme Permanent de Consultation et Concertation Politique Groupe de Rio, qui à la suite d’un fructueux labeur cessent formellement leurs actions et laissent la place
à la CELAC.

33. Incorporer le Plan d’Action de Caracas 2012 comme partie intégrale de cette Déclaration, avec l’objectif de conduire à la réalité notre engagement politique de défense de l’unité, de l’intégration, de la coopération, de la complémentarité et de la solidarité.

34. Approuver le « Statut de Procédures de la CELAC », comme partie intégrale de la présente Déclaration, mettant ainsi définitivement en marche son organisation et son fonctionnement.

35. Invitent la Présidence temporaire de la CELAC, dans l’exercice de sa Présidence à mettre en oeuvre le Plan d’Action de Caracas 2012 et en particulier ce qui est relatif aux axes thématiques dans les domaines sociaux, environnementaux, énergétiques, économiques, culturels et autres domaines prioritaires déterminés dans le Plan d’Action de Caracas. De même, confier aux Ministres des Relations Extérieures qu’ils formulent des propositions pour affecter les ressources matérielles et financières nécessaires, soutenues par les critères de maximale effectivité et austérité établis dans le document de procédures de la CELAC.

36. Engager la volonté de nos gouvernements pour instruire les mécanismes et organismes régionaux, en promouvant entre eux la communication, la coopération, l’articulation, la coordination, la complémentarité et la synergie, quand cela correspondra à ses respectifs organes directeurs, pour contribuer à atteindre les objectifs d’intégration fixés dans cette Déclaration, assurant l’usage optimal des ressources et la complémentarité des efforts.

37. Réaffirmer l’invitation pour célébrer le Sommet de la CELAC en République du Chili en 2012.

38. Célébrer en République de Cuba le Sommet de la CELAC en 2013.

39. Accueillir la réalisation du Sommet de la CELAC pour l’année 2014 en République du Costa Rica.

40. Fait à Caracas, berceau du Libertador Simon Bolivar, République Bolivarienne du Venezuela, le 3 décembre 2011.

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant



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