Un bout de papier qui ne vaut plus rien

lundi 1er février 2010
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Les universitaires vont ils finir par regretter Ceaucescu ? Si ce n’est lui en tous cas nombre d’acquis du régime socialiste...

Quelque 3 millions de Roumains, sur 21 millions d’habitants, sont partis à l’étranger pour trouver du travail ou étudier. Mais la majorité de ces migrants ne trouvent pas d’emploi à la hauteur de leurs diplômes : ils deviennent le plus souvent femme de ménage, chauffeur de taxi ou caissière. Pourtant, 15 % de la population adulte du pays souhaitent encore émigrer, dont 50 000 jeunes diplômés de l’université ou étudiants de 3e cycle. Malgré une directive européenne qui l’impose, la France ne reconnaît toujours pas les diplômes roumains.

Avec la transition de l’économie roumaine du socialisme au capitalisme, métallurgie, sidérurgie et pétrochimie ont tour à tour disparu. Les effectifs salariés dans ces secteurs ont subi des coupes répétées, mais les facultés ont pourtant continué à produire à la chaîne des diplômés. Ce sont ainsi 350 jeunes qui sont entrés en 2009, sur simple dossier d’admission, à la faculté de métallurgie de Bucarest, rebaptisée faculté des sciences et du génie des métaux.

Lorsque Narcisa Mina et son amie se sont inscrites à la fac voici plusieurs années, les grands complexes ALRO et Mitall Galati [1] embauchaient encore. Entre-temps, ALRO a procédé à des dégraissages dans son personnel, et Galati ne propose plus de postes non plus. Sur le site de recrutement MyJob, la métallurgie n’existe même plus en tant que critère de recherche. Les seules demandes d’ingénieurs métallurgistes émanent de l’étranger (Canada et Australie), et encore sont-elles rares.

Une situation tout aussi préoccupante prédomine à la faculté de droit, qui délivre chaque année des milliers de diplômes. Une faculté certes utile, mais dont les débouchés, sur un marché du travail saturé, sont problématiques. Les établissements publics d’enseignement du droit ont admis en 2009 plus de 9 000 étudiants, auxquels s’ajoutent ceux de 22 facultés privées. Mais les diplômés de ces dernières années n’ont pu déposer leur candidature que pour 720 places d’avocats stagiaires, 136 postes de notaires débutants et 130 places au concours de la magistrature. Iuliana Badea, une experte en recrutement, constate que la plupart des diplômés en droit s’orientent désormais vers le marketing et la vente…

L’emploi n’est guère plus au rendez-vous dans d’autres domaines. Ainsi, malgré les problèmes environnementaux que connaît la Roumanie, le métier de “spécialiste de l’environnement” n’offre pas de débouchés sur le marché. Et pourtant, les facultés continuent de former chaque année des milliers d’ingénieurs des eaux et forêts, sous le prétexte que l’écologie représente l’avenir. C’est ainsi que les mêmes offres de formation se retrouvent dans les programmes de tous les établissements d’enseignement supérieur du pays.

Il en va de même pour le cursus d’agronomie : bien que l’agriculture en Roumanie soit gérée très approximativement et que des spécialistes s’avèrent plus que nécessaires, les jeunes diplômés ne trouvent pas de travail. Les fermes d’élevage industriel n’existent plus, et dans la sylviculture, on licencie. La seule spécialité qui offre des débouchés est celle de “paysagiste”. Malheureusement, bien qu’ils n’offrent pratiquement aucune perspective d’emploi aux étudiants, les enseignants s’accrochent à leurs chaires. Anca Opris, de la Société académique roumaine, confie que le nombre de places proposées par les universités est établi selon des critères pour le moins particuliers. “Elles s’efforcent d’attirer le plus grand nombre d’étudiants afin de préserver l’emploi des professeurs. Elles vont même jusqu’à abaisser les standards académiques, de peur que les étudiants n’aillent voir ailleurs”, explique-t-elle.

L’absence d’un plan économique de développement à long terme complique encore davantage la situation. L’ancien ministre de l’Education, le professeur Mircea Miclea, aujourd’hui chef de la Commission présidentielle pour l’éducation, assure avoir essayé de faire des prévisions à long terme sur l’évolution industrielle pour orienter les universités. Mais “les investisseurs n’ont pas été capables de me donner des perspectives sur plus de deux à trois ans au maximum”, plaide-t-il. Sous le régime communiste, rappelle M. Miclea, les autorités étaient obligées d’élaborer une stratégie de développement économique et social sur dix à vingt ans, indiquant si la Roumanie devait parier sur l’informatique, sur l’agriculture, sur le tourisme ou sur d’autres secteurs porteurs d’emploi. Aujourd’hui, un tel schéma aiderait grandement les jeunes à choisir leur filière. “Les universités en sont arrivées à vendre des illusions au lieu de métiers”, déplore-t-il.

Par Mariana Bechir, Daniela Serb dans Adevarul LE 25/01/2010

Transmis par Linsay.


[1conglomérats sidérurgiques



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